Comment se comporter dans un gastro ?

Comment se comporter dans un gastro ?

GQ
Notre experte culinaire Marie Aline livre quelques précieux conseils en matière de réjouissance. Leçon du jour : bien se tenir dans un grand restaurant.


1 – Ne pas devenir un inspecteur Michelin…
Évidemment, on peut toujours s’en remettre aux gens dont c’est le métier mais en cette époque de do it yourself, il serait dommage de se priver de son propre système de notation des restaurants. D’autant que nous avons tous nos petites manies. Pour cela, inutile de se faire un formulaire à la Michelin qui prendrait des heures à remplir. Il suffit juste de cibler deux ou trois détails bien sentis. À GQ, par exemple, on vérifie toujours qu’il y a des bons vins nature à la carte, que le pain croustille et que les serveurs ont un nœud de cravate suffisamment desserré pour déglutir au moment où on passera la commande, car elle sera longue.

2 - … Mais se faire passer quand même pour un critique gastronomique
Intimidez le serveur en demandant la provenance de ses radis, en insistant pour avoir la table qui donne sur la cuisine ouverte, en ignorant ses conseils au moment de choisir le vin et en commandant un bœuf bourguignon mais sans carottes, et vous serez estampillé d’office critique gastronomique en goguette. En revanche, ne comptez pas vous en tirer à l’œil car si vous jouez votre rôle jusqu’au bout, vous paierez l’addition, comme les pros.

3 – Ne pas critiquer en public
Se faire passer pour un critique gastronomique n’implique pas nécessairement de critiquer. Si néanmoins, ça vous démange (la langue, le palais, ou encore l’hypothalamus), vous pouvez tenter d’engager la conversation avec le chef. Pour cela, plusieurs conditions sont nécessaires: qu’il fasse un tour de table, qu’il semble de bonne humeur et que vous n’ayez pas une voix de stentor. Si finalement vous osez, faites-le discrètement (il ne s’agit pas d‘humilier votre hôte) et armé d’arguments de choc (votre grand-père est Paul Bocuse), ou bien vous passeriez pour un goujat et serez privé de dessert.

4 – Ne pas dire "il est long en bouche"
Bande de néophytes ! Si les arômes du vin persistent, ce n’est pas dans les oreilles, mais bien dans le sacro-saint palais. Alors autant dire tout simplement qu’il a de la longueur ou qu’il a du retour, comme le faisaient les anciens. Mais par pitié, évitez de compter les caudalies, ces secondes qui séparent le moment où l’on met le vin "en bouche" et celui où ses arômes se dispersent. Là, vous passerez pour un débutant qui a trop traîné sur Wikipédia.

5 – Précéder sa femme au restaurant
Pour la protéger d’une quelconque attaque terroriste.

6 – Ne pas se géolocaliser
Si des sites comme Foursquare ou Yelp font de la géolocalisation gourmande un "outil fun", nous vous conseillons de vous abstenir de donner votre position, laquelle pourrait tomber entre les mains d’ennemis ou pire, dans celles de vos ex.

7 – Garder une main sous la table
À l’origine, on posait ses mains sur la table pour prouver que l’on ne manipulait pas une arme. Aujourd’hui, que ce soit sur ou sous la table, on en porte rarement. Les Anglais l’ont compris avant nous. C’est sûrement pour cette raison qu’ils mangent toujours une main sur le genou, donc sous la table.

8 – Ne pas photographier
Le souvenir d’un bon plat passe par le palais et non par l’objectif d’un quelconque appareil numérique.

9 – Ne pas poser son téléphone sur la table
On ne met pas ses coudes sur la table et encore moins son iPhone. C’est une question de bienséance. Pour la même raison, on ne devrait pas répondre au téléphone lorsque l’on dîne. Au déjeuner, on peut toujours attendre un "coup de fil important". Mais pendant le dîner, les bureaux sont fermés. Même si vous travaillez avec les États-Unis.

10 – Ne pas regarder l’addition avant de payer
Surtout lors d’un rendez-vous galant. Posez simplement votre carte bancaire sur l’addition. Si vous avez peur de ne pas avoir les reins assez solides, c’est que vous auriez dû l’emmener ailleurs.

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