Après Hollande, Ayrault accuse à demi-mot la Russie de "crimes de guerre"

Après Hollande, Ayrault accuse à demi-mot la Russie de "crimes de guerre"

Marianne

Invité ce lundi matin sur France Inter, Jean-Marc Ayrault a accusé indirectement la Russie de "crimes de guerre". Une première. Il a aussi agité la menace d'une saisine du Tribunal pénal international.

Comment sortir du "bourbier syrien et du drame qui se joue en ce moment à Alep" ? Depuis la fin du cessez-le feu avorté début septembre, les bombardements se sont intensifiés sur la ville martyre syrienne. Face à ce drame humanitaire, la France a décidé d'accroître la pression sur la Russie, principal soutien de Bachar al-Assad dans cette la civile syrienne.

François Hollande, au micro de l'émission Quotidien, s'est ainsi interrogé sur le maintien de l'invitation de Vladimir Poutine en France le 19 octobre prochain pour inaugurer un centre culturel orthodoxe russe. Moyen de mettre en place un rapport de force avec le président russe.

Invité de France Inter ce lundi 10 octobre, Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, a confirmé que "le président de la République va prendre sa décision mais il va la prendre au vue de la situation d'Alep et de ce qui se passe en Syrie (…) Si le président de la République décide que le président russe vient, ce ne sera pas pour faire des mondanités mais pour dire des vérités." Il a également réaffirmé cette volonté de mettre sous pression "l'allié" russe : "Je suis allé (en Russie) pour parler avec mon homologue Sergueï Lavrov et lui dire les yeux dans les yeux la position de la France (…) Je l'ai fait dans la réunion bilatérale comme en public, devant la presse, y compris devant la presse russe, pour dire que nous ne sommes pas d'accord avec la Russie qui soutient le régime de Bachar al-Assad et qui fait en quelque sorte, en bombardant Alep, un cadeau aux terroristes". Le chef de la diplomatie française s'est félicité de son action : "Nous sommes à l'offensive, la France est engagée comme jamais pour que les bombardements à Alep s'arrêtent et qu'on puisse sauver la population d'Alep (…) La France n'acceptera jamais cette responsabilité. "

"Qui a bombardé ? à l'évidence, il y a des Syriens mais surtout les Russes"

Comment Jean-Marc Ayrault compte-t-il faire bouger le géant russe ? En l'isolant progressivement sur la scène internationale. Le 8 octobre, la France a fait voter l'ONU sur une résolution demandant l'arrêt immédiat des bombardements à Alep. Un texte rejeté suite au veto de la Russie, le cinquième depuis le début du conflit en Syrie. Mais sur 15 pays membres du Conseil de sécurité, onze ont voté pour. De quoi réjouir le patron du Quai d'Orsay : "L'initiative française a montré l'isolement de la Russie au moment du vote de la résolution française préparée avec l'Espagne, j'ai constaté qu'il n'y avait que la Russie et le Venezuela pour voter contre, c'est dire l'isolement de la Russie, même la Chine s'est abstenue (…) Il faut dire aussi aux Russes que si vous êtes sincères dans votre lutte contre le terrorisme vous ne devez pas soutenir Bachar al-Assad qui lui, au fond, favorise la radicalisation sur place."

Autre angle d'attaque, la saisine du Tribunal pénal international (TPI). Le 25 septembre, l'ambassadeur britannique, Matthew Rycroft avait lâché : "Nul ne peut nier que la Russie a noué un partenariat avec la Syrie pour mener des crimes de guerre". Une accusation particulièrement grave. Au micro du journaliste de l'émission de Yann Barthès, le François Hollande a, pour la première fois, agité la menace de la saisine de la TPI sans pour autant aller jusqu'à nommer directement la Russie. Evoquant le sort des habitants d'Alep : "Ces populations sont des populations qui aujourd'hui sont victimes de crimes de guerre, et ceux qui commettent ces actes auront à en payer la responsabilité, y compris devant la cour pénale internationale."


Ce lundi, Ayrault est allé bien plus loin, précisant que la saisine du TPI concernerait "tous ceux qui sont complices de ce qui se passe à Alep". "Y compris les dirigeants Russes ?", interroge alors Patrick Cohen. "Bien entendu, ça concerne tout le monde. Il faut être clair et permanent", répond Jean-Marc Ayrault. Et de détailler les possibles chefs d'accusations : "Il y a ces bombardements que le secrétaire général des Nations unies, je l'ai dit à Moscou, a qualifiés de crimes de guerre (…) Qui a bombardé ? A l'évidence, il y a des Syriens mais surtout les Russes." Un pas que la France n'avait jamais osé franchir jusque-là.


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