La force de l'engagement volontaire

La force de l'engagement volontaire

Le Huffington Post

Marqué par le terrorisme, le spectre du communautarisme et la spirale des inégalités, notre pays cherche une vision commune du souhaitable, autour des valeurs de la République et de la citoyenneté. Un étrange sentiment de culpabilité fait craindre à certains que la jeunesse soit passée à côté de ces valeurs. Pour se rassurer, il faudrait donc lui imposer de devenir citoyenne et civique.

"Etre utile et se sentir utile", c'est la définition de l'engagement donnée par 80 jeunes volontaires en service civique conviés le 31 août dernier à l'Elysée par le président de la République. Ils ont su résumer en six mots quinze ans de recherches et d'enquêtes sur l'engagement bénévole. L'engagement repose d'abord sur la volonté de se confronter à la réalité et d'agir sur elle, mais il est aussi une action sur soi-même, pour trouver ou construire son parcours dans la société.

L'engagement doit-il devenir obligatoire? Le débat a déjà maintes fois eu lieu: rebelote dans les débats du projet de loi égalité-citoyenneté et dans la campagne présidentielle! On comprend la tentation: l'obligation serait un chemin plus rapide et plus sûr vers le service civique universel, pour y attraire les catégories de jeunes qui en ont "vraiment" besoin. Tous les jeunes que je rencontre rejettent cette mise en tutelle. Tous témoignent de la fierté d'être volontaire, d'avoir fait le choix personnel de servir la société pour donner un sens aux valeurs de la République. Ils sont lucides sur les forces et les faiblesses du service civique: ils veulent être mieux reconnus, demandent davantage d'information dans les lycées et les universités, revendiquent la parité avec les avantages consentis aux étudiants. Mais tous soulignent la valeur de l'expérience acquise, la découverte de réalités humaines et sociales insoupçonnées, l'image positive de la jeunesse qu'ils ont pu porter auprès du public. Engagés dans une mission d'intérêt général, ils ont été utiles, ils se sont sentis utiles et beaucoup m'ont dit vouloir poursuivre leur engagement, sous une forme ou sous une autre.

Je comprends et je partage les inquiétudes de ceux qui, pour conjurer la tendance à la fragmentation qui menace notre société et redonner un sens concret aux principes du vivre ensemble, estiment qu'un service civique obligatoire permettrait de plonger tous les jeunes dans le creuset de l'engagement. Mais le service civique volontaire n'est pas boudé par les jeunes. L'expérience accumulée par les 150.000 jeunes de tous horizons passés par le service civique depuis 2010 plaide sans ambiguïté pour le maintien du volontariat: en 1995, le service militaire obligatoire touchait 225.000 jeunes, c'est à peu près le nombre de candidats déjà inscrits sur le site de l'Agence du Service Civique!

Que vaudrait cet engagement s'il n'était l'expression de la liberté? Un engagement de ce type ne peut être que volontaire et le fruit d'une maturation qui nécessite que nous accompagnions chacun comme une personne singulière. La citoyenneté ne se prescrit pas, elle se transmet. Pour développer la résilience de la société, il nous faut cultiver des anticorps capables de s'opposer simultanément au virus du communautarisme et à celui de la xénophobie. Nous n'avons pas besoin de jeunes embrigadés et formatés mais d'individus libres, responsables de leurs choix et capables de décider de leur trajectoire personnelle sans ignorer ou mépriser celles de leurs semblables. Toute la valeur du volontariat est là.

Oui, le service civique est ouvert à tous, universel: chaque jeune entre 16 et 25 ans peut effectuer une mission d'intérêt général, cet acte civique est reconnu par la nation et inscrit dans le compte personnel d'activité. Mais universel ne veut pas dire obligatoire. Le service civique s'inscrit dans une vision bien plus large de l'engagement civique et citoyen, où il y a la place pour le bénévolat associatif, le mécénat de compétence, la réserve civique, les réserves opérationnelles. La République ne trouvera de force dans l'engagement de ses citoyens que si ceux-ci restent libres de leurs choix et maîtres de leur parcours. C'est à ceux qui la gouvernent de leur donner des raisons d'agir ensemble.

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