Le Pape François, anti-libéral et démago ?

Le Pape François, anti-libéral et démago ?

Contrepoints

Par Mathieu Vasseur.

Pape François By: LajoumardCC BY 2.0

Najat Vallaud-Belkacem est « très en colère » contre le Pape. Le successeur de Saint-Pierre morigéné par la sémillante Garde Rouge du progressisme-pour-tous : tout là-haut, le Bon Dieu s’en arrache les poils de la barbe.

Il plait pourtant, le Pape François. Question de personnalité d’abord : simple, ouvert, chaleureux, quel contraste avec son prédécesseur rébarbatif et apprêté !

Question d’idéologie surtout. Ce Pape n’hésite pas à mouiller sa soutane jusqu’au genou. En deux encycliques, Evangelii Gaudium et Laudato si, il a envoyé un signal urbi et orbi : habemus sinistrem Papam (nous avons un Pape de gauche). De même que les grands hôtels diffusent dans leurs ascenseurs une musique agréable et insignifiante, sitôt-entendue-sitôt-oubliée, le Pape François flatte l’air du temps avec une pensée peu exigeante mais bien sympathique. Un christianisme d’ascenseur en quelque sorte.

Le Pape François dénonce le libéralisme

De Mélenchon à Le Pen, de Sanders à Trump, en passant par Theresa May, la dénonciation du libéralisme (forcément « ultra ») est devenue le pont aux ânes de la bien-pensance contemporaine. Là ou Jean-Paul II défendait vigoureusement la propriété privée et la liberté d’entreprendre, François n’éprouve que méfiance pour le marché, et place toute sa confiance dans l’État salvateur.

« Certains défendent encore les théories de la « rechute favorable », qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. » (Evangelii Gaudium).

Les théories de la « rechute favorable » ? Ne cherchez pas : il n’existe pas de « théorie de la rechute favorable ». Il s’agit d’une traduction maladroite de l’anglais « trickle-down economics », sobriquet accolé au libéralisme économique par ses opposants. Par ce terme péjoratif, le Pape démontre qu’il entend disqualifier le libéralisme avant même d’en avoir débattu. Prétendre que le libéralisme « exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique » est un contresens absolu, puisqu’au contraire, la « main invisible » repose sur le postulat que les acteurs économiques ne suivent que leur propre intérêt.

Le Pape est sensible à la pauvreté sans en regarder les causes

Le Pape François est sensible à la pauvreté de son continent d’origine, l’Amérique latine. Et qui sont les responsables de cette pauvreté ?

« Le nouveau colonialisme a plusieurs visages (…). Parfois, il a l’influence anonyme des veaux d’or que sont les entreprises, les organismes de crédit, certains traités de libre échange et l’imposition de mesures d’austérité qui obligent toujours les travailleurs et les pauvres à se serrer la ceinture. »

Hugo Chavez n’aurait pas dit mieux, et voyez vers quel sommet de prospérité il a guidé son pays.

Le Pape François est partisan de l’acceptation de la décroissance :

« une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. »

Par ce raisonnement, il commet l’erreur de considérer la « croissance » comme simple consommation accrue de ressources naturelles (lesquelles sont effectivement limitées), et non pas comme progrès scientifique et technique (illimité). Il y a autant de musique dans un iPod d’aujourd‘hui que dans le tourne-disque d’antan avec sa pile de vinyles sur une étagère, pourtant la consommation de matières premières nécessaires à sa production est infiniment moindre.

Le Pape dénonce le progrès technologique

Le progrès technique, d’ailleurs, il faut s’en méfier :

« On ne doit pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car ainsi l’humanité se dégraderait elle-même. »

Il y a deux siècles déjà, les canuts de Lyon détruisaient les machines à tisser qui leur prenaient leur travail… Mais justement :

« La croissance de ces deux derniers siècles n’a pas signifié sous tous ses aspects un vrai progrès intégral ni une amélioration de la qualité de vie. »

Espérance de vie en France en 1810 : 37 ans. Aujourd’hui : 82 ans.

L’argument-maître des anti-libéraux, c’est la protection de l‘environnement. Mais justement, ne pourrait-on pas utiliser les mécanismes de marché pour lutter contre la pollution, selon le principe du pollueur-payeur ? Eh bien non :

« L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate. »

« La stratégie d’achat et de vente de « crédits de carbone » peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation, et cela ne servirait pas à réduire l’émission globale des gaz polluants. »

Et pourquoi pas ? On ne le saura pas.

Le Pape est critique vis-vis de la religion catholique

Pour le chef de l’Église catholique, il semble que toutes les religions se valent. Son prédécesseur avait identifié une propension intrinsèque de l’Islam à la violence. Pour Benoit XVI, le dialogue des religions devait être franc et sans concession. Virage à 180 degrés : pour François :

« L‘idée de conquête est inhérente à l’âme de l’Islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. »

Saint Matthieu djihadiste, il fallait y penser !

« Je n’aime pas parler de violence islamique (…). Dans toutes les religions il y a toujours un petit groupe fondamentaliste (…). Il y en a chez nous. »

Ah oui, ces fameux terroristes qui se font exploser en criant « Au nom de la Vierge Marie ! »

En fin de compte, le Coran, c’est grosse modo le Nouveau Testament traduit en arabe.

Le Pape accepte un prix pour son engagement pour l’Union européenne

Le Vatican a pour principe de refuser tous les prix et les distinctions qui lui sont proposés. Tous ? Non, pas tous. Le Pape François a décidé de faire exception pour le Prix Charlemagne, décerné par les trois Présidents de l’Union Européenne (Président du Conseil, de la Commission et du Parlement) à « des personnalités remarquables qui se sont engagées pour l’unification européenne », un mois avant le referendum anglais sur le Brexit.

Un bon Chrétien se doit-il donc d’être favorable à l‘unification européenne ? C’est plié, les Anglais iront en Enfer, et ne parlons même pas des Suisses (à quand l’expulsion des gardes suisses du Vatican ?).

On peut pourtant parier que Jésus et le peuple juif auraient voté unanimement pour le « Judexit » (sortie de la Judée de l’Empire Romain) s‘ils en avaient eu l’opportunité.

Cet article Le Pape François, anti-libéral et démago ? est paru initialement sur Contrepoints - Journal libéral d'actualités en ligne

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