Syrie : le bombardement d'un convoi humanitaire enflamme les relations Russie-USA

Syrie : le bombardement d'un convoi humanitaire enflamme les relations Russie-USA

Marianne

Après le bombardement "non intentionnel" d'une position tenue par des soldats de Bachar al-Assad par des avions de la coalition anti-Etat islamique, des camions d'aide humanitaire ont à leur tour essuyé des frappes aériennes. Damas et la Russie sont pointés du doigt. Un nouvel épisode qui éloigne un peu plus les chances d'un règlement politique du conflit en Syrie.

Représailles ? A peine quelques heures après l'annonce par Damas de la fin de la trêve des combats entre ses troupes et l'opposition, 18 camions chargés d'aide humanitaire, positionnés à l'ouest de la ville d'Alep, ont été endommagés par des bombardements, rapportent les Nations unies. Si la communauté internationale a précisé ne pas connaître le bilan des victimes, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), proche de la rébellion, a annoncé pour sa part que douze bénévoles étaient morts dans l'attaque. Un cadre de l'administration américaine a affirmé que la coalition anti-Etat islamique n'avait rien à voir avec ce bombardement, précisant : "Les Russes ont la responsabilité de se réfréner pour ce genre d’actions et ils ont aussi la responsabilité d’empêcher le régime syrien de le faire". A ce stade, tous les regards sont donc pointés sur la Russie et le régime de Bachar al-Assad.

Ces camions faisaient partie d'un convoi de 31 véhicules de l'ONU et du Croissant-Rouge syrien, avec à leur bord de la farine et de l'équipement médical. Un hangar du Croissant-Rouge à Orem Al-Kubra aurait aussi été touché. "La situation sur place est très chaotique", a expliqué le porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge, Ingy Sedky. L'accord de cessez-le feu entre Damas et la rébellion, piloté par la Russie et Washington, prévoyait notamment un accès humanitaire aux zones assiégées ainsi qu'une "démilitarisation" de la route du Castello, au nord d'Alep. Une trêve mise à mal il y a quelques jours par le bombardement par la coalition internationale formée contre Daech , près de Deir ez-Zor, faisant 80 morts. Une frappe qui "n'était pas intentionnelle", avait affirmé rapidement l'ambassadrice américaine Samantha Power, ajoutant : "Nous regrettons bien sûr les pertes en vies humaines".


La Syrie dans l'impasse

L'attaque de ce convoi résonne donc comme des représailles, cette aide humanitaire étant destinée aux quartiers tenus par la rébellion. Le patron de opérations humanitaires onusiennes, Setphen O'Brien, a réagi en appelant "toutes les parties au conflit, une nouvelle fois, à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les acteurs humanitaires, les civils et les infrastructures civiles comme l’exigent les lois humanitaires internationales".

De son côté, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a condamné "avec la plus grande fermeté" ces raids, ajoutant dans une déclaration à l’ouverture d’une réunion des pays soutenant l’opposition syrienne, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, que "la destruction d’un convoi d’aide humanitaire qui se rendait à Alep illustre l’urgence de la cessation des hostilités en Syrie".


Les chances d'un règlement politique du conflit qui se déroule en Syrie s'éloignent donc une nouvelle fois. Après le rapprochement spectaculaire entre Moscou et Washington depuis plusieurs mois - les deux puissances avaient même évoqué une collaboration à long terme entre leurs forces armées dans la lutte contre Daech -, tout semble en effet repartir à zéro. Alors même que les forces d'Abou Bakr al-Baghdadi, l'auto-proclamé "Calife" de l'Etat islamique, continuent malgré des reculs successifs à tenir le terrain en Syrie.

view Marianne