Qui va rafler le business des sondages ?

Qui va rafler le business des sondages ?

GQ
Lorsqu’ils créent Odoxa en 2014, Gaël Sliman et Céline Bracq ne se doutent pas qu’ils vont révolutionner le (petit) monde des instituts de sondages. Sens du buzz, analyses en rafales et coûts réduits: il n’en fallait pas plus pour déchaîner la colère de leurs concurrents, qui crient à l’uberisation de leur beau métier. Qui aura les plus belles courbes et empochera le pactole de cette année électorale ? GQ a sondé les sondeurs.

Un brun et une blonde qui descendent d’un scooter, lunettes de soleil sur le nez, sourire aux lèvres et iPhone à la main: à première vue, rien ne distingue ces deux quadras parisiens des autres. Difficile de deviner qu’ils sont omniprésents dans l’actualité, et même que ce sont souvent eux qui la fabriquent. Leur métier consiste à sonder les pensées des Français, rien de moins. Quand GQ les rencontre, ils viennent de découvrir pour Le Parisien que 80 % de la population pense du bien de Didier Deschamps, et s’apprêtent à affirmer pour iTélé et Paris Match que, selon 54 % de nos concitoyens, Nicolas Sarkozy est le candidat qui a le plus envie de gagner la présidentielle. Gaël Sliman et Céline Bracq se sont rencontrés à l’institut BVA, un acteur historique du marché des sondages, et ont fondé Odoxa, le petit nouveau devenu en deux ans le chouchou des médias et la bête noire de la plupart de leurs confrères.

Ils ont donné rendez-vous à GQ dans un restaurant d’Issy-les-Moulineaux, en précisant l’avoir choisi pour sa proximité avec les sièges d’iTélé et de BFM. Des immeubles qu’ils fréquentent beaucoup, en leur double qualité de fournisseurs attitrés de sondages et de bons clients des présentateurs. Gaël Sliman a même son édito sur BFM Business le vendredi. Quant à Céline Bracq, vous l’avez peut-être aperçue dans son ancienne vie sur BFM TV, où elle était reporter et présentatrice, puis sur iTélé, où elle dirigeait le service Économie et intervient désormais, comme sondeuse, dans un talkshow du week-end. Les journalistes, Gaël Sliman les apprécie autant qu’il s’en méfie. Quand on demande l’autorisation d’enregistrer l’interview, une routine, il place à son tour son iPhone sur la table: "Ça ne vous dérange pas que je le fasse aussi ?" Rien de personnel, juste une précaution depuis qu’un autre magazine aurait déformé le sens de ses propos. Vérification faite, l’article qu’il n’a toujours pas digéré remonte à 2012. Il décrit un sondeur qui "surjoue le bad boy". À l’époque, Gaël Sliman n’est encore que l’étoile montante de BVA. Depuis, son licenciement et le lancement d’Odoxa n’ont pas franchement amélioré cette réputation. "On n’a pas que des amis dans la profession", résume pour lui sa camarade.

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