Régime sans sexe

Régime sans sexe

GQ
Pourquoi les femmes parlent-elles autant de bouffe ?

Comment obtenir une réponse d'une femme sur un site de rencontre ? En lui parlant de bouffe – une simple astuce qui augmente de 40 % vos chances (non, ça ne marche pas pour les hommes). Quant à l'emploi du mot « végétarien » dans un premier message, il entraîne un taux de réponse de 42 %. Pour augmenter la libido d'une femme, nourrissez-la : 500 calories pour qu'elle réponde plus positivement à des stimuli sexuels. Au fait : il existe des tonnes de sites de rencontre dédiés à la bouffe (ou à l'alcool). Y compris dans le titre avec le très tendance Coffee Meets Bagel. Et sans oublier celui qui propose aux femmes de choisir un restaurant et de s'y faire inviter par les hommes intéressés par leur profil : la femme choisit la nourriture, l'homme choisit la femme. N'oublions pas qu'il y a quelques années, on se scandalisait que les utilisatrices de Tinder s'en servent juste pour se faire payer à manger. Puis-je vous achever avec ce bon vieux rappel : pour quantité de femmes, le chocolat est plus intéressant que l'orgasme ? D'ailleurs certains hommes jouent le jeu : qui paie les Youtubeuses-stars pour les regarder ingurgiter des quantités démentes de petits plats ?

Et même quand on sort du dating : sur mon appli « pour copines » Hey!Vinaqui nous décernerons le prix de l'app' la plus mal nommée de l'histoire de la technologie – dès que j'en parle, on me demande de répéter dix fois), la plupart des meufs mentionnent la bouffe et/ou l'alcool dans leur profil. Ce qu'elles aiment, c'est plus souvent le cheesecake que « la musique » ou « les voyages ». La nourriture arrive avant les études ou le boulot. Je glousserais si mon propre profil ne mentionnait pas en péché mignon « un verre de vin, et puis un autre ».

(Je viens de passer dix minutes sur Tinder. L'équivalent pour les hommes de l'obsession pour la bouffe semble être le sport.)

Bref. Quel est notre problème, au juste ? Ah oui : les standards médiatiques de beauté font qu'on n'arrivera jamais au bon poids (pour les chanceuses : le nôtre, moins trois kilos). Or la beauté sert à séduire. Or la séduction permet d'accéder au sexe. Nous savons que ce n'est pas réellement comme ça que ça fonctionne, mais à un moment, le lavage de cerveau fait son chemin (je m'étonne même d'y être encore réceptive : cette exigence de minceur est comme une cicatrice qui ne se referme jamais vraiment – un gros chien noir à contrôler). L'équation de l'enfer est la suivante : minceur = désirabilité = épanouissement sexuel à la fois simplifié et légitimé. Inutile de me répondre que c'est complètement débile, je suis au courant, et il faudrait que vous arriviez à hurler plus fort que la télévision (ce dont je vous serais infiniment reconnaissante).


Si la restriction alimentaire conditionne l'accès au sexe, du moins dans un angle mort du cerveau, alors il n'y a rien d'étonnant à ce que nos profils de sites de rencontre ne parlent que de nourriture. Les deux désirs se télescopent : il faudra qu'on se prive d'une satiété pour en obtenir une autre. En attendant, on a faim.

(Bon et aussi : l'ingestion de nourriture est un passe-temps agréable et convivial. C'est aussi une bonne raison d'en mentionner l'existence sur un site de rencontre. Mais je crois que l'ubiquité-bouffe uniquement présente sur les profils féminins raconte un rapport plus contrarié que joyeux à nos chers cheeseburgers.)

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