Bombes à New York : après la traque, ce qu’on sait sur le suspect

Les Inrocks

(SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Le seul suspect connu des attaques qui ont touché New York et sa région ce week-end, Ahmad Khan Rahami, a 28 ans.

Il a été appréhendé dans le New Jersey après un bref échange de tirs avec la police municipale dans la ville de Linden, qui jouxte Elizabeth, où il habite avec sa famille.

Il dormait devant la porte d’une épicerie

Les images d’une chaîne de télévision locale le montrent sur un brancard, apparemment touché au bras ou à l’épaule droite. C’est un habitant qui l’a repéré lundi matin en train de dormir devant la porte d’une épicerie de quartier puis prévenu la police. L’assaut a démarré vers 10 h 30. Les heures précédentes, des millions d’habitants avaient reçu une alerte par téléphone décrivant Rahami comme un individu en cavale, armé et dangereux.

Rahami est Américain. Il est né en 1988 en Afghanistan. Un ami d’enfance a confié au Boston Herald qu’il était retourné en Afghanistan il y a deux ans et qu’il en était revenu radicalement changé, “très religieux […] C’était choquant à voir.”

Les chefs d’Etat du monde entier à NYC

L’enquête progresse rapidement, a indiqué le président Obama lors d’une conférence de presse à New York, où il se trouve cette semaine pour l’Assemblée générale des Nations-Unies, précédée le jour même d’une conférence sur le sort des réfugiés dans le monde, une première dans l’histoire de l’organisation. Les chefs d’Etat du monde entier seront présents à New York dans les jours qui viennent, le QG de l’Onu se trouve à trois kilomètres à vol d’oiseau du lieu de l’explosion.

L’attentat partiellement raté, qui a fait 29 blessés, tous sortis de l’hopital, ravive des souvenirs douloureux, moins de dix jours après les commémorations du 11 Septembre. Mais à Central Park ce dimanche, c’était un parfait après-midi d’été finissant.

New York ne s’est pas arrêtée de fonctionner depuis l’attaque, à part le bouclage du quartier de Chelsea et la fermeture de stations de métro autour du lieu de l’explosion, sur la 23e rue, entre la 5e et 6e avenue.
La bombe, une cocotte-minute remplie de billes de métal et de shrapnels, était reliée à un téléphone à clapet par une guirlande de Noël en guise de détonateur. Elle a été plongée dans une benne à ordures en acier épais, comme Manhattan en compte des centaines le long des rues. La benne a été entièrement soufflée par l’explosion.

36 000 policiers mobilisés

Ce lundi, c’était business as usual, sauf pour un millier de policiers appelés en renfort pour patrouiller la ville, et une consigne donnée aux 36 000 officiers du NYPD de redoubler de vigilance, dans le contexte sécuritaire particulier de l’assemblée générale de l’Onu.

Rahami a posé plusieurs bombes dans la région ce week-end, dont deux seulement ont fonctionné. Une seconde cocotte a été trouvée par les policiers une heure après l’explosion, dans une poubelle à quatre rues plus au nord. Elle a été envoyée dans un laboratoire de Virginie pour analyses.

De l’autre côté de la rivière Hudson, le New Jersey était aussi visé par le ou les poseurs de bombes. Près de la gare d’Elizabeth, où habite Rahami, la police a retrouvé cinq bombes artisanales supplémentaires dans un sac à dos dimanche soir. Et les autorités sont persuadées que l’explosion d’une bombe artisanale disposée sur le parcours d’une course à pied, dans la petite station balnéaire de Seaside Park, dans le New Jersey, qui a explosé dimanche matin sans faire de blessés parce que le départ de la course avait pris du retard, est également signée Rahami.

Daech n’a pas revendiqué pour le moment

En revanche, aucun lien n’a été établi avec l’attentat revendiqué par Daesh de ce samedi dans un centre commercial du Minnesota, où un homme a blessé au couteau sept hommes et deux femmes avant d’être abattu par un policier qui n’était pas en service.

William Sweeney, du bureau new-yorkais du FBI, a précisé que Rahami était hors des radars du bureau. Ce qu’on sait pour l’instant sur Rahami, c’est qu’il travaillait avec ses frères dans le restaurant de son père, à Elizabeth, First American Fried Chicken, au rez-de-chaussée de leur maison.

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Le domicile des Rahami à Elizabeth, dans le New Jersey (capture d’écran Google Maps)

Le fast food, ouvert en 2002, a prématurément été fermé par les autorités locales suite à des conflits de voisinage sans fin. Le père de Rahami, en 2011, a porté plainte contre les autorités d’Elizabeth pour “harcèlement” basé sur leur race, leur religion et leur pays d’origine. “Mais c’était un problème de voisinage, ça n’avait rien à voir avec leurs origines ou la religion”, a précisé le maire d’Elizabeth aux médias.

Connu pour ses paroles xénophobes

La version des autorités d’Elizabeth et d’un voisin, cité plusieurs fois dans la plainte des Rahami pour des paroles xénophobes à leur encontre, est celle d’un restaurant bruyant où les clients s’attardaient dehors et salissaient le voisinage. Les autorités assurent qu’elles se sont intéressées au restaurant uniquement à cause d’appels répétés à la police.

Le voisin cité dans la plainte, Dean Mc Dermott, qui se décrit au New York Times comme vidéojournaliste, se souvient que le fast food était ouvert toute la nuit, et qu’il a appelé une première fois la police après que les clients ont jeté des déchets et uriné sur sa voie de garage.

Une première décision de justice a d’abord forcé le restaurant à fermer à 22 heures, mais les Rahami n’ont pas obtempéré, collectionnant les amendes. Les problèmes ont persisté jusqu’à ce que les autorités ferment le restaurant pour de bon en 2011. Un des frères du suspect en serait venu aux mains avec un des policiers venu fermer l’établissement, et c’est dans les semaines qui suivirent que la famille Rahami a porté plainte au tribunal fédéral du New Jersey pour discrimination, sans succès.

Le restaurant et le premier étage de la maison des Rahami ont été perquisitionnés par le FBI lundi matin. La police a saisi plusieurs disques durs et emmené deux voitures à la fourrière.

A New York hier, Barack Obama a appelé le pays à faire preuve de sang-froid : “Nous avons tous un rôle à jouer en tant que citoyens pour ne pas succomber à la peur. Il n’y a pas de meilleur exemple que les habitants de New York et du New Jersey.”

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